Renouer avec la Terre représente aujourd'hui un enjeu majeur pour
l'humanité. Elle est devenue le baromètre qui manifeste la capacité de
l'homme à être en harmonie avec son environnement, - donc avec lui-même
- car c'est en fonction de la façon dont on choisit de vivre qu'on
organise son espace et ses rapports avec les autres. Et quand on choisit
de vivre selon un système fondé sur le gaspillage et le non respect de
la Nature et des lois de l'existence, cela se traduit sur
l'environnement.
Il ne s'agit pas de faire une religion de la Terre mais d'accepter
d'être en harmonie, aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur de
nous-mêmes. La Terre fait partie de nos responsabilités. La préserver,
c'est nous préserver. L'aimer c'est nous aimer. L'apprentissage de
l'amour de la Terre est un défi essentiel pour l'éducation des
générations à venir. Et s'il est si difficile aujourd'hui, c'est parce
que quelque chose est mort en nous, le sentiment du lien avec ce qui
nous a fait naître, nos origines, nos racines. Nos sociétés ont créé
partout dans le monde un terrible sentiment d'artificialité et
d'apparente autonomie par rapport à l'environnement. Nos campagnes se
vident au profit de banlieues qui sont exactement l'antithèse de tout
équilibre avec l'environnement. Il nous est plus naturel aujourd'hui de
poser notre regard sur des banlieues où traînent des détritus, des
bouteilles vides et des cimetières à voitures dans lesquels jouent des
enfants, que des forêts, des lacs ou des montagnes. La ville a cessé
d'être un lieu de réconciliation entre l'inné et l'acquis, entre la
nature et la culture. Il est clair que nous devrons répondre devant les
générations futures de nos comportements d'aujourd'hui.
Une saine redécouverte de la nature, sans excès, sans passéisme, est
indispensable pour recréer une nouvelle sensibilité vis-à-vis de la vie.
La rencontre avec la Nature peut être un instrument d'éducation
extraordinaire, pour redécouvrir les moyens qui ont permis à l'homme de
devenir humain, c'est-à-dire de créer la culture. Pour réapprendre des
rapports d'équilibre et de respect et peut-être se guérir de cette
maladie moderne qu'est la précipitation, ce comportement superficiel qui
nous empêche d'aller assez profond en nous-mêmes pour réagir autrement
que par des discours et des palabres devant des difficultés telles que
la drogue, la violence dans la ville ou des guerres barbares. Et pour,
non seulement réinventer l'espoir comme le veulent certains, mais
surtout redécouvrir notre force intérieure, et le courage de nos
sentiments et de nos idées.
Car, s'il est nécessaire de s'occuper de l'environnement et d'écologie,
il l'est plus encore de se préoccuper de la plus importante des
pollutions, celle de l'âme, de comprendre que tout doit commencer par
nous-mêmes et que les conflits que nous pouvons avoir par rapport à
l'utilisation de l'environnement ou l'exploitation de la Terre ne sont
que des projections des conflits et des différents que nous avons entre
nous, à l'intérieur de nous-mêmes. Si nous n'acceptons pas de sortir des
faux-semblants, de sortir de l'égarement et de distinguer l'essentiel de
l'accessoire, tout ce qui touche à l'environnement ne pourra que nourrir
nos conflits et nos difficultés, comme ont l'a vu dans d'autres
domaines, social, économique ou culturel, devenus peu à peu des enjeux
vidés de contenu dans la mesure où on n'est jamais parvenu à obtenir de
véritables résultats.
L'humain reste l'enjeu essentiel pour que les hommes puissent vivre en
paix et dans la fraternité sur la Terre. Le véritable crime serait de
s'occuper de la Terre sans lutter pour favoriser les sursauts de
conscience nécessaires pour que les hommes acceptent de substituer à des
comportements de facilité des comportements de responsabilité. Pour
qu'ils apprennent à réfléchir à long terme plutôt qu'à court terme, et
comprennent que les véritables besoins sont les besoins qui nous
permettent de réussir dans la durée et non ceux dont la satisfaction ne
nous procure qu'un bénéfice immédiat.