"Tu crois pouvoir écraser cette chenille ?
Bien, c'est fait : ce n'était pas difficile.
Maintenant, refais la chenille." (Lanza del Vasto)
Dans le cadre du programme Viking (1960), la NASA a décidé de vérifier
la présence de vie sur Mars. Elle fait appel à un chercheur J.E.
Lovelock, biologiste, physicien, chimiste. Les responsables de la NASA
lui demandent de concevoir un détecteur de bactéries performant.
L'observation astronomique avait permis de constater que la surface de
la planète rouge était recouverte de déserts. Lovelock essaie de
calculer les probabilités de vie sur Mars et imagine ce que ferait un
savant martien qui voudrait détecter une trace de vie sur terre.
Que constate le savant martien ? La terre est une planète toute bleue
avec une atmosphère vraiment très curieuse : azote, oxygène, hydrogène,
gaz carbonique, méthane et quelques traces d'ozone ou d'argon. Un cas
particulier dans le système solaire puisque toutes les autres planètes
ont une atmosphère monogaz. Le martien essaie d'expérimenter ce mélange
mais l'explosion détruit son laboratoire. Son proche collaborateur se
dit que le dosage doit être précis puisque la Terre n'a pas explosé.
Après analyse de prélèvements, il trouve 21 % d'oxygène, pas plus, pas
moins. Il y a donc un phénomène de régulation. : les organismes à
chlorophylle fabriquent l'oxygène et les organismes en décomposition
produisent du méthane qui régule les excès d'oxygène. Lovelock constate
que si le seuil de 21 % d'oxygène est dépassé, tout brûle d'un seul coup
et que si le seuil est trop bas, il n'y a aucune possibilité de faire du
feu.
Il découvre des choses plus étranges encore : en vieillissant, le soleil
chauffe de plus en plus, mais la terre garde toujours à peu près la même
température, ce qui suppose un système d'auto-régulation thermique.
Autre phénomène curieux : la salinité des océans est restée stable
depuis des millions d'années. Lovelock conclut que la terre est soumise
à des systèmes d'auto-régulation globaux.
Lovecock pose le principe "GAIA" (1) qui veut que la Terre soit un être
vivant dont tous les éléments, du plus petit au plus grand, sont en
interaction. C'est ainsi, par exemple que le plancton est en interaction
avec la formation des nuages. Depuis des milliards d'années, GAIA a
digéré et recyclé toute sa propre matière, intégrant ainsi dans son
histoire une bonne trentaine de cataclysmes climatiques, volcaniques,
cosmiques (météorites), pour façonner l'écorce terrestre à sa guise.
Cette idée de la Terre vivante contraint à une réunification de tous les
domaines scientifiques. L'apport essentiel du concept GAIA est le
changement du rôle de l'être humain : il était hors de la nature, il
intègre maintenant son environnement en tant que composant d'équilibre
ou de déséquilibre.
La Terre
souffre
Si GAIA, dit Lovelock, est maternelle et généreuse, elle peut être aussi
sévère car elle ne tolère pas qu'on transforme ses lois".
En 2025, dans moins de quarante ans, la Terre portera plus de huit
milliards d'hommes. D'ici soixante ans, plus de la moitié de la
population mondiale sera urbaine. Mexico comptera trente millions
d'habitants avant l'an 2000. Cent millions d'enfants seront morts de
faim ou de maladie. Depuis deux siècles, la population mondiale a été
multipliée par huit alors que la production industrielle l'a été par
cent. En moins de cinquante ans, la consommation de ressources minérales
a triplé.
Les pluies acides, arrachages et incendies réduisent la surface des
forêts : au Mexique, la moitié des forêts a déjà été détruite.
l'Ethiopie, verdoyante il y a deux siècles, n'a plus un seul arbre. En
1989, douze millions d'hectares de forêts ont été anéantis. La pollution
de l'air empoisonne les gens des villes : en un siècle, la teneur en
méthane de l'atmosphère a doublé. La teneur en gaz carbonique a augmenté
de 25 % (à Mexico, les oiseaux tombent dans les rues, morts, asphyxiés).
A cela s'ajoutent la pollution des océans, des mers et des rivières et
la progression rapide des déserts.
La température du globe a augmenté en moyenne d'un demi-degré ces
dernières années, le niveau des océans monte de deux millimètres par an
du fait de la fonte des glaciers. On prévoit un réchauffement de la
Terre de plus deux degrés avant soixante ans, qui entraînera une
élévation du niveau des mers de plus de cinquante centimètres.
Bien que l'alerte ait été donnée et entendue par les congrégations
scientifiques et politiques du monde entier (congrès de Rio), on est
loin d'avoir compris ni même tiré toutes les conséquences que la
catastrophe implique. Il faudra que les hommes fassent preuve de courage
pour renoncer au confort de l'égoïsme en faveur d'un principe global de
survie qui affectera leur quotidien dans sa totalité. Les Etats devront
abandonner une grande partie de leur souveraineté à des organismes
planétaires. La nation Terre est en danger.
Renouer avec GAIA
Aujourd'hui, les aventuriers de l'écologie cherchent, parmi tous les
possibles, les solutions les plus efficaces. Outre les actions
individuelles et quotidiennes contre la pollution à laquelle chacun de
nous est soumis, et l'action réglementaire de chaque Etat, on peut
distinguer l'émergence de deux approches fondamentales : l'une
spiritualiste, l'autre matérialiste. Elles ont le même objectif :
l'étude des lois de la vie. L'approche est différente des études
habituelles puisqu'elle suppose une relation interactive entre l'homme,
sa planète et l'univers.
Le parc de Türnich, une approche spiritualiste
A une dizaine de kilomètres à l'est de Cologne, le château de Türnich
est au milieu d'un écrin de verdure. Le parc fait figure d'oasis dans la
région de Cologne : un miracle dans une région industrielle. Le comte
Hoensbroeck décrit le principe qui a permis la réalisation d'un tel parc
:
"La Terre est organisée comme le corps humain avec un corps physique, un
corps énergétique et une dimension spirituelle. Aussi, on peut trouver
sur notre planète des lieux équivalents aux points d'acupuncture qui
relient le corps physique au corps énergétique et ces points sont reliés
par des lignes de force : les méridiens. il semblerait que notre planète
ait aussi des chakras. Je me suis servi de ce que l'on appelle le
cosmotellurisme.
Le parc était à l'abandon. Nous avons utilisé des pierres sculptées de
symboles pour différencier les niveaux d'énergie qui correspondent aux
quatre éléments : eau, terre, air, feu. Nous avons aussi placé des
symboles qui jouent sur la transformation de ces éléments comme des
aiguilles d'acupuncture. Ensuite, il y a les méridiens (Veine du
dragon). Dans le parc, nous avons une ligne qui part entre deux platanes
en direction de Turin, et dans une petite forêt derrière le château, il
y a un croisement avec une autre ligne. Les résultats sont là. Nous
étudions les qualités énergétiques de l'eau qui coule ici et les plantes
arrosées par cette eau et nous aboutirons prochainement. Nous menons des
travaux sur trois niveaux : physique, énergétique et spirituel."
En suivant les règles de l'acupuncture, on obtient des lieux de force où
les chakras de la Terre entrent en résonance les uns avec les autres et
avec les autres dimensions. La tâche de l'homme est de mettre un certain
ordre dans ces forces (le Chi) pour qu'il y ait relation entre forme et
contenu. Ces formes ont été des pyramides, c'est-à-dire des triangles
sur des carrés ou des octogones. Pour activer un lieu, il faut donc
trouver les formes appropriées aux énergies qui l'habitent et aux
fonctions qu'elles ont.
Rappelons quelques principes du cosmo-tellurisme : il est basé sur une
science nouvellement née, la géobiologie, qui tente d'étudier l'état de
santé d'un organisme en relation avec le lieu précis où il vit.
La Terre est un organisme vivant qui possède un corps avec une
topographie bien précise. En suivant les lois de l'acupuncture, on en a
déduit que le corps de la Terre possède des noeuds d'énergie ainsi que
des méridiens qu'on appelle rayons telluriques. Ces rayons suivent les
mêmes lois que les méridiens.
Le docteur Hartmann a découvert un réseau tellurique qui quadrille notre
globe. Ce quadrillage, composé de rayons invisibles qui s'élèvent vers
le cosmos, est orienté magnétiquement dans la direction nord/sud avec un
rayon tous les deux mètres et, dans la direction est/ouest, avec un
rayon tous les deux mètres cinquante. La largeur du rayon est de vingt
et un centimètres. Entre ces lignes se trouve une zone neutre. Ce réseau
passe partout et à travers tout. Le croisement de deux rayons influe sur
le lieu et l'être humain qui y vit, notamment sur la santé.
Par ailleurs, l'eau (source, cours d'eau souterrain, nappe phréatique,
etc.) amplifie les effets du réseau Hartman. Les hauts lieux égyptiens
nous éclairent sur l'importance du cosmo-tellurisme et de son
intégration dans la vie sociale et religieuse de l'homme, mais aussi les
temples bouddhistes de l'Inde, les monastères tibétains, la cathédrale
de Chartres, Saint Jacques de Compostelle, les menhirs et autres
dolmens, etc. (2).
Biosphère 2, une approche matérialiste
Le but était de réaliser une reproduction miniature de GAIA. Ce projet,
financé par un riche Texan, doit durer une centaine d'années. Trois à
quatre mille espèces idéales ont été sélectionnées, des répliques
exactes de toutes les formes géologiques et climatiques de la planète
ont été construites, ce qui a été très complexe. Tout cela devrait
fonctionner comme une véritable planète. Dans cette même GAIA, huit
scientifiques (quatre hommes et quatre femmes) ont été enfermés pendant
deux ans. Cette expérience a été récemment interrompue car il a été
constaté qu'un taux anormal de gaz carbonique s'était développé sans
qu'on en connaisse la raison. De plus, beaucoup de carences ont été
détectées quant à la rigueur scientifique. Ce projet est aujourd'hui
remis en cause du fait de son manque de procédures et de certaines
légèretés quant à sa planification. Quoiqu'il en soit, il s'agit de
retenir qu'un mouvement de pensée qui intègre l'environnement dans ses
schémas provoque une ouverture de conscience des hommes vers leur
planète. Les réussites induites par une telle expérience sont bien plus
positives que les échecs apparents.
Ces deux approches sont opposées mais aussi complémentaires. La voie
spiritualiste est plus récente, quoique prenant ses racines dans les
connaissances ancestrales les plus lointaines, comme si tout était dit
depuis longtemps.
Il semble pourtant qu'on ignore un aspect essentiel du problème qui se
pose à notre espèce : la surpopulation. Le congrès de Rio n'en a fait
que peu de cas pour d'obscures raisons diplomatiques ou parce qu'aucune
solution n'est envisageable sans révolution culturelle sociale et
économique. Or, nous savons que la survie de notre vaisseau spatial
Terre est lié à cette incroyable perspective d'un monde surpeuplé et
profondément inégalitaire. Il aura fallu des millions d'années à notre
planète pour édifier un cadre de vie équilibrée. Il faudra à peine moins
de cent cinquante ans pour le détruire.
Tous les chemins sont bons pour tenter d'enrayer ce qui paraît
inévitable Le "XXIe siècle sera spirituel ou ne sera pas", a dit Malraux
: bien davantage, il sera celui de la conscience et de son ouverture ou
ne sera plus. "Seul l'avenir donne un sens au passé. Ce que nous
laisserons à nos enfants détermine la valeur de la vie que nous aurons
vécue. La terre est comme une bibliothèque à laisser intacte après
s'être enrichi à sa lecture et l'avoir enrichie. La vie en est le livre
le plus précieux. Il convient de la protéger amoureusement avant de la
transmettre, accompagnée de nouveaux commentaires, à d'autres qui
oseront plus tard la porter plus loin, plus haut." (3)
(1) Gaia : personnification de la Terre dans la cosmogonie de la Grèce
antique, ancêtre maternel des races divines et des monstres.
(2) Voir Hauts lieux cosmo-telluriques, Blanche MERZ, éditions Georg.
(3) Jacques Attali, Lignes d'horizon, Fayard.