Revendication
métaphysique de la femme.
par Delia
Steinberg Guzman
Depuis quelques années déjà, on célèbre la "Journée Internationale
de la Femme au travail", et on a profité de cette circonstance non
seulement pour faire ressortir sa capacité et son intelligence dans
le travail mais aussi pour exposer un large éventail de
revendications féministes qui vont du politique au sexuel. Cela
s'inscrit dans une dynamique qui secoue l'Europe, et l'Occident en
général, depuis deux siècles : revaloriser le rôle de la femme dans
la société, lui donner une place fixe et reconnue par les lois, la
libérer des multiples tyrannies qui l'ont soumise depuis si
longtemps.
En tant que femme - et en tant qu'auteur de cet article - je ne
prétends pas rejoindre ce courant, mais cela ne veut pas dire que je
le considère comme injuste. Je veux simplement revoir les racines de
ce mouvement féministe, découvrir les vérités et les mensonges le
concernant, et mettre en évidence le fait que, à mon sens, ces
revendications ne prennent pas le bon chemin. Dans tous les cas, le
féminisme tel qu'on l'entend à l'heure actuelle donnera des femmes
artificielles, toujours plus semblables aux hommes, mais toujours
moins identifiées à leur véritable mission.
Le féminisme actuel est plutôt un anti-machisme, une réaction
logique face à certains excès de l'Histoire ; mais il n'a pas pour
but de réhabiliter les valeurs authentiquement féminines. Son seul
objectif est de faire que la femme puisse occuper les mêmes postes
que l'homme. Parfois, certes, pour remplir des vides (ce qui est un
autre sujet), mais en général, il s'agit plutôt d'un désir de
revanche qui arrivera à calmer les esprits mais nullement à
restituer l'équilibre social. Au lieu de commencer le travail par
l'esprit, pour l'achever par la forme, on travaille aujourd'hui
exclusivement avec des formes sans contenu, variables et
transformables comme en témoigne l'Histoire, à de nombreuses
reprises. Mais au-delà de ces revendications politico-sociales qui
vont jusqu'à la grossièreté, qu'est-ce donc qui caractérise la
femme?
De là cette tentative de retrouver ses fondements métaphysiques, et
à partir de là, tourner le regard vers la vie quotidienne, à la
recherche d'améliorations. Il y a longtemps - trop longtemps - que
l'on ne proclame plus le règne spirituel de la femme, et sans cette
force, je crois indéfendables toutes les autres conquêtes et
revendications. Nous focaliserons cette analyse sur deux points de
vue : historique et ésotérique ; l'un pour se rappeler le rôle de la
femme à travers le temps et les cultures et l'autre pour retrouver
la sagesse traditionnelle sur la question.
Quelques éléments de tradition ésotérique
Selon les anciens traités de Sagesse, il y a des millions d'années de
cela, les hommes et les femmes n'étaient pas différenciés. La Terre
était peuplée uniquement d'hermaphrodites. Mais, lorsque la marche
de l'évolution l'a exigé, les sexes se sont divisés en opposition et
en complémentarité constantes, à la recherche de l'unité perdue,
pour pouvoir atteindre, dans un futur très éloigné, une
réunification androgyne, non pas par addition mais par dépassement
de la dualité.
Dans les symboles philosophiques et religieux de toutes les peuples
antiques, on retrouve ce fait naturel et à partir de l'Un Universel
sans polarité, on voit apparaïtre des couples primordiaux qui
représentent le masculin et le féminin avec des caractéristiques
spécifiques et communes : spécifiques en tant que conséquence de la
séparation, communes parce qu'issues de la même racine.
De façon générale, la femme a été le symbole de la Matière-Mère-Mer
et l'homme celui de l'Esprit-Père-Feu. Mais cela n'a pas empêché
l'existence de déesses du Feu ou de dieux des Eaux, étant entendu
que l'un et l'autre élément font partie d'une Unité Première dans
laquelle ils sont contenus et qui les justifie.
Si l'on regarde de plus près les modalités masculin/féminin, à la
lumière de la constitution septénaire des êtres humains, il en
ressort que chaque plan ou corps a sa propre polarité -
positive/active ou négative/réceptive - selon qu'il s'agisse de
l'homme ou de la femme.
On peut le voir dans le tableau suivant :
| |
|
Homme |
Femme |
| Dénomination sanscrite: |
ATMA |
|
| Dénomination actuelle: |
VOLONTE |
|
|
| Dénomination sanscrite: |
BOUDHI |
|
| Dénomination actuelle: |
INTUITION |
(-) |
(+) |
|
| Dénomination sanscrite: |
MANAS |
|
| Dénomination actuelle: |
MENTAL PUR |
(+) |
(-) |
|
| Dénomination sanscrite: |
KAMA-MANAS |
|
| Dénomination actuelle: |
MENTAL EGOISTE |
(-) |
(+) |
|
| Dénomination sanscrite: |
LINGA |
|
| Dénomination actuelle: |
EMOTIONS |
(+) |
(-) |
|
| Dénomination sanscrite: |
PRANA |
|
| Dénomination actuelle: |
VITALITE |
(-) |
(+) |
|
| Dénomination sanscrite: |
ETHERO-PHYSIQUE |
|
| Dénomination actuelle: |
CORPS PHYSIQUE |
(+) |
(-) |
|
Au niveau physique, par conséquent, l'homme a plus de force et de
capacité active que la femme. Elle, en revanche, sur le plan vital,
a plus de résistance que l'homme, plus sensible à l'usure. Dans le
plan émotionnel, la femme est plus réceptive que l'homme, et dans le
plan mental, l'homme est plus idéaliste que la femme, plus concrète.
Dans les plans supérieurs, il est beaucoup plus difficile d'établir
des caractéristiques aussi précises, mais l'on peut remarquer un
mental pur concret du côté masculin, et le même mental idéaliste du
côté féminin ; l'intuition est plus active chez la femme que chez
l'homme.
Sans prendre ces définitions de façon trop catégorique, puisque tout
dans la Nature est harmonieusement combiné, il ressort, à la lumière
de la connaissance traditionnelle, qu'aucun des sexes n'est
supérieur à l'autre, mais qu'il existe des polarités complémentaires
dans tous les plans qui détermineraient des aptitudes plus ou moins
importantes pour certaines fonctions, qui vont du physique au
métaphysique.
La perte du symbolisme profond par les religions, au fur et à mesure
qu'elles devenaient plus exotériques, contribua à créer des
relations erronées ou mal interprétées. Par exemple, matière et mer
furent symboles de changements soudains et de variation
psychologique et mentale, plus que de vie et de fluidité de
conscience. La raison et l'intelligence furent conçues comme
caractéristiques masculines en opposition à la perception et
l'intuition explicitement féminines.
La perte même des symboles exotériques a simplifié le panorama au
maximum : Dieu est un homme ; en conséquence, l'homme est bon et la
femme ne peut être reliée qu'à la contrepartie ennemie de Dieu : le
démon.
Cependant, les traditions authentiques fondées sur la Sagesse
perdurèrent pendant des siècles, concédant des possibilités
équivalentes sur tous les plans à l'homme et à la femme, leur
donnant la possibilité de développer leurs pouvoirs latents et de
les exprimer avec d'autant plus de perfection qu'ils étaient sages.
Il n'est pas étonnant que les anciens aient mérité de la vénération
dans tant de civilisations, comme symbole d'évolution marquée par
les annés bien vécues et nourries par l'expérience. Et puisque c'est
la femme qui nous intéresse, il convient de rappeler l'importance
accordée aux vieilles prêtresses, détentrices des secrets les plus
redoutables, celles qui sont "sans âge".
L'homme et la femme sont donc également sacrés, tant qu'il y a
dualité dans le monde manifesté, et également sacrés quand la
dualité reviendra à l'Unité Première.
Quelques éléments d'histoire
Bien qu'en faisant un effort, on puisse trouver des noms de femmes hors
pair, il est certain qu'ils sont très peu nombreux en comparaison
des noms des hommes.
Est-ce à dire qu'il y a eu peu de femmes remarquables ou bien est-ce
que nous nous sommes habitués à une vision particulière de
l'Histoire qui n'est ni la seule ni la plus judicieuse ?
Je penche personnellement pour la seconde version : l'Histoire,
au-delà de sa prétention à être une science, n'est jamais parvenue à
atteindre objectivité, logique ou rigueur scientifique car elle
dépend beaucoup des hommes qui l'écrivent, de leurs idées, leurs
sentiments et également des modes et des opinions qui dirigent les
groupes humains à chaque époque.
Parler de l'histoire de l'humanité c'est parler de l'histoire de
l'homme mais d'un homme qui outrepassse son sens générique et qui
s'étend jusqu'à estomper le rôle de la femme. Cependant - et il ne
manque pas de gens pour le signaler - derrière tout grand homme, il
faudrait chercher l'ombre plus ou moins silencieuse d'une grande
femme... ou d'une mauvaise femme.
Il est curieux de constater que, bien plus que l'Histoire proprement
dite, ce sont les religions exotériques qui ont contribué à reléguer
le féminin dans les antres obscurs du "mal". Les arguments sont
suffisamment explicites et rabâchés : la femme n'est bonne qu'en
tant que mère et respectable en tant que grand-mère, veuve et femme
âgée ; pour le reste, il faut la "sauver" d'elle-même et de sa
nature émotionnelle désordonnée.
Il est curieux de constater que lorsqu'une femme réussissait - ou
réussit - à se distinguer, c'est la morale hypocrite plus que le
jugement de l'Histoire qui a contribué à ce qu'elle soit mal jugée
comme si elle avait ainsi trahi son anonymat obligatoire et son
obligatoire fonction maternelle.
Il est également curieux de constater que la femme, naturellement
dotée du sens du sacré, du mystique et de l'intuitif, ait été
éloignée d'activités si nobles, pour être adulée et rabaissée à sa
condition animale et sexuelle, ce qui permettait de la récompenser
ensuite avec des cadeaux qui n'en sont pas, inadaptés à la réalité
féminine. Une fois encore, qui a oeuvré ainsi : l'histoire ou le
fanatisme religieux ?
La
femme dans les différentes civilisations
Faisons maintenant un rapide parcours à travers le temps, sans pour
autant nous arrêter dans toutes les cultures connues, comme nous
l'aurions souhaité.
Cependant, et de façon générale, on notera que dans tous les peuples
anciens -occidentaux, précolombiens, extrême et moyen-orientaux, la
femme a rempli un rôle religieux important, sans pour autant que
soit déprécié son côté maternel. Et lorsque nous parlons de
religieux, nous ne nous référons pas uniquement à l'accomplissement
de ses devoirs, ni à sa part individuelle de piété, mais à son rôle
actif en tant que prêtresse et en tant que vestale ou gardienne du
feu et des éléments sacrés.
De même, il faut remarquer que dans ces cultures anciennes, l'image
des dieux (dans ce cas, des déesses) était un modèle de vie à
suivre. Quand les religions étaient vivantes et à leur apogée, elles
nourrissaient les adeptes de leur force, et le personnage de la
Grande Mère, en tant qu'exemple inspirateur pour les femmes, a
toujours été là.
En Egypte, au-delà des changements, naturels en plus de 3000 ans
d'histoire connue, Isis fut le miroir inestimable dans lequel se
regarder. On disait d'elle que "son coeur était plus habile qu'un
million d'hommes, plus remarquable qu'un million de dieux, plus
perspicace qu'un million de nobles morts. Rien n'existait sous le
ciel ou sur la terre qu'elle ne sache." En accord avec cet
archétype, la femme pouvait être une excellente reine gouvernante,
une maîtresse de maison efficace, épouse et mère, ou une prêtresse
sacrée de la Grande Déesse Hathor jusqu'au mystérieux Amon. Il n'y
avait pas de différence spirituelle entre les hommes et les femmes :
les uns et les autres avaient des fonctions à remplir sur terre et
les mêmes opportunités dans l'au-delà.
En Mésopotamie, on trouve un processus analogue à celui de l'Egypte
par la durée temporelle de ses cultures, outre la diversité ethnique
de ses peuples. Les anciens Sumériens avaient une idée élevée de la
femme et ils la considéraient égale à l'homme ; mais à mesure que
prévaudront les groupes sémitiques, la femme finira par être
complètement subordonnée à l'homme.
Tant que le rôle féminin resta actif et sacré, on trouvait des
courtisanes sacrées dédiées à Ishtar aussi bien que des prêtresses
sévèrement cloîtrées ; des sorcières et des devineresses aussi bien
que des grandes prêtresses qui représentaient la Déesse Mère dans la
hiérogamie ou renaissance annuelle de l'Univers ; des chanteuses et
danseuses du temple aussi bien qu'un clergé féminin au service des
dieux - à côté des prêtres masculins - dans les cultes les plus
divers.
En Inde, on remarque l'existence, de longue date, d'un patriarcat
fort, bien que très sensible à l'influence de la femme. Il y a des
récits qui nous parlent de femmes célèbres pour leur sagesse et leur
sainteté, en tous points similaires à ceux ayant trait aux déesses.
Le Boudhisme manifestera une certaine méfiance envers les
religieuses, mais, malgré tout, il les acceptera toujours.
La Chine fut connue pour son matriarcat, au point qu'à certaines
époques archaîques, les enfants portaient le nom de leur mère,
ignorant parfois celui de leur père. Depuis ses racines mythiques,
la femme apparaît comme déesse dans le ciel et souveraine sur la
terre, pourvue de grands dons magiques. Sa longue histoire nous la
montre vaillante et généreuse, avec un grand coeur. Cependant la
décadence des formes religieuses entraîna le développement d'un
rituel rigide qui s'est transformé en soumission progressive de la
femme à l'homme.
Si l'on se réfère à la Grèce, il faut partir de la Crète qui a
accordé une place privilégiée à la Déesse Mère, au point de
développer un matriarcat ou une gynécocratie où les prêtresses
étaient plus nombreuses que les prêtres. La Grèce classique a connu
des cultes extraordinaires en charge de la femme et Aphrodite (en
tant qu'Amour, Beauté et Maternité) avait de nombreuses fidèles, aux
rangs desquelles la très savante Sapho, "dixième muse" des arts. La
présence féminine était fondamentale dans la plupart des cérémonies
religieuses ainsi que dans les festivités les plus variées, sans
parler de celles qui étaient exclusivement féminines et dont les
hommes étaient totalement écartés.
Rome a accordé une place privilégiée aux matrones qui, en plus de
leurs fonctions familiale et sociale, remplissaient habituellement
des tâches sacerdotales individuelles ou au service de la
collectivité. Le Collège des Vestales fut l'institution religieuse
la plus célèbre ; il était chargé de surveiller le Feu Sacré de
Rome, car le Feu de Vesta était le foyer commun de tout le peuple.
Les vestales, chastes et sobres par excellence, étaient dépositaires
d'un pouvoir magique qui sauvait les condamnés de la mort et
maintenait le secret des mystères.
La persistance de certains cultes et festivités auxquels
participaient à part égale des matrones, des servantes et des
courtisanes, nous donne à penser qu'à certaines époques, les femmes
étaient regroupées par âge et par catégories internes en rapport non
avec les classes sociales mais avec la fonction sacrée attribuée à
chacune.
La femme romaine, qui avait participé activement à des cercles
littéraires ou des écoles philosophiques, s'est vue soudainement
soumise avec l'avènement du christianisme, à partir de l'empereur
Constantin.
Bien que confrontés aux Romains, les Celtes eurent cependant un
respect analogue pour le caractère féminin et pour les déesses
mères. Parmi eux, on trouve des femmes druides, des prêtresses
cultivées et mystiques, à côté d'autres appelées "sorcières",
vierges mises à l'écart qui pratiquaient des rites destinés à
provoquer ou apaiser des tempêtes, guérir des maladies, prédire
l'avenir, se métamorphoser en animaux de toutes sortes... et les
femmes courageuses qui se sont distinguées à la guerre ne manquent
pas.
Sans couvrir toutes les civilisations qui firent l'histoire et
octroyèrent des fonctions de grande responsabilité à la femme, nous
entrons dans une période particulière de l'Occident : le Moyen-Age,
pour lequel on ne parlera plus d'un peuple ou d'un autre en
particulier, mais d'un style de vie qu'imposèrent les événements
historiques, et plus fondamentalement religieux.
Pour le christianisme, la femme dépend de l'homme dans la mesure où
Eve fut créée à partir d'une côte d'Adam ; la femme est plus marquée
par le péché originel puisque l'homme a péché à cause d'elle ; aussi
doit-elle redoubler d'efforts pour obtenir le salut. Elle doit se
soumettre à l'enseignement et à l'autorité de l'homme, conserver une
humilité intellectuelle absolue, et surtout, se garder d'interpréter
la parole de Dieu.
A l'époque de saint Paul, les femmes étaient admises dans les
temples pour certaines fonctions pratiques, qui dans la société
paîenne incombaient aux esclaves, mais qui dans la communauté
chrétienne étaient sanctifiées pour cela. Il n'y a pas grande
différence entre être femme et être esclave : la femme est telle par
nature ; en revanche, l'esclavage, en tant qu'institution, peut
varier ou être aboli. Le salut de l'âme, tant de l'homme que de la
femme, s'appuie en grande partie sur la virginité, état supérieur au
mariage, valable pour la majorité des sectes chrétiennes. Les vieux
rites paîens exigaient de même pureté et continence, mais de façon
temporaire et en étroite relation avec des cultes précis et
certaines périodes de l'année.
Ainsi, on comprend que les paîens considérèrent les chrétiens comme
des ennemis du genre humain, puisqu'ils condamnaient le mariage et
considéraient la femme comme un être inférieur.
Quoique la piété populaire se soit tournée très tôt vers le
personnage de Marie, cette dévotion a rencontré des résistances qui
demandèrent des siècles pour être dépassées. Bien que cela
n'apparaisse pas explicitement dans l'Evangile, les femmes sont
rabaissées par les Pères de l'Eglise qui les décrivent comme des
"animaux nuisibles, des maux nécessaires et des dangers
domestiques".
Voici quelques autres exemples : "Vous êtes la porte de l'enfer, la
voleuse de l'arbre défendu, la première à vous être écartée de la
loi divine ; vous êtes celle qui avez persuadé celui que le démon
n'avait pas assez de courage pour attaquer. Vous avez détruit
l'image de Dieu, l'homme" (Tertullien). "La femme est l'instrument
de la sentinelle de l'enfer, ennemie de la paix" (saint Jean
Damascène). "De toutes les bêtes féroces, la plus dangereuse est la
femme" (saint Jean Chrysostome). Pour saint Augustin, la femme ne
peut exercer de fonctions de direction, ni participer à des
activités judiciaires, ni enseigner à l'intérieur ou à l'extérieur
de l'Eglise.
Au Concile de Mâcon (VIe siècle), un évêque en vint à demander si la
femme pouvait être appelée "homo" au plein sens du terme ... Et
cependant, ce sont les femmes qui contribuèrent le plus aux
conversions au christianisme.
Peu à peu, on commença à valoriser celles qui se consacraient
définitivement à Dieu en préservant leur virginité, enfermées au
début dans leur propre foyer et ensuite, en tant que religieuses
sévèrement cloîtrées dans des monastères.
La vie de la femme, logiquement, s'est développée avec de nombreux
hauts et bas depuis ces temps-là jusqu'à nos jours. L'ennui dans les
cours est allé jusqu'à se transformer en l'idéal abstrait des
chevaliers; on est passé des activités de bigoterie qui absorbaient
l'excédent de population féminine des monastères à la vie dans les
couvents ; des saintes aux reines et aux princesses qui commençaient
à intervenir timidement.
Mais pendant longtemps, il fut clair que l'homme, et surtout le
moine, avait trois ennemis : le monde, le démon et la chair, les
trois représentés par la femme. L'impulsion anti-féministe persista
non seulement chez les ecclésiastiques et les cléricaux, mais
également chez les bourgeois et les juristes.
L'islam et le judaîsme ne présentent pas de nuances différentes dans
ce domaine : la femme est clairement inférieure à l'homme. Il y a,
parfois, une lueur d'exception chez les musulmanes espagnoles du bas
moyen-âe qui se sont distinguées dans les sciences, la poésie, la
médecine, le droit, l'enseignement religieux et la création de
bibliothèques.
La Renaissance fera osciller la femme entre un animal imparfait et
un "être divin", de la critique de sa fragilité psychologique à
l'éloge de sa chasteté. Il ne manque pas de femmes religieuses
réellement pieuses et diligentes, ni de vocations forcées ou de
bacchanales dans les couvents. La croyance aux sorcières se
transforme en psychose à partir du XVe siècle et les bulles et
études sur le sujet abondent, de même que des affirmations
irrationnelles : pourquoi la femme est-elle plus encline à la magie
noire ? parce qu'elle est le mal lui-même.
Entre 1500 et 1700, aucune n'était à l'abri d'une accusation de
sorcellerie ; il suffisait d'une particularité - talent, maladie,
déformation ou beauté - pour éveiller les soupçons. Il y eut des
procès avec des centaines de milliers de victimes étranglées,
décapitées, brûées... A partir du moment où la sorcière est celle
qui copule avec le diable, la sorcellerie fut reliée à la sexualité
en opposition à la religion.
Aux XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles, selon les caractéristiques des
différents pays européens, le rôle de la femme sortit peu à peu des
limites du cadre familial pour se revaloriser dans la société,
malgré "l'os surnuméraire" qui fit dire à Rousseau que la dépendance
est l'état naturel de la femme.
L'époque des revendications civiles et politiques, morales et
sentimentales, commence. Elles produiront des changements
considérables à partir de la seconde moitié du XXe siècle. Et on
arrive ainsi à l'époque actuelle, dans laquelle la majorité des pays
occidentaux admettent une égalité de principe entre l'homme et la
femme, et une participation toujours grandissante de la femme à la
vie économique, sociale et politique. Elle occupe des fonctions qui
étaient auparavant considérées comme réservées aux hommes.
Et nous revenons à ce qui fut le point de départ de notre article :
le désir déjà démesuré de faire tomber les barrières, même, j'en ai
peur, les plus logiques et les plus naturelles. Les revendications
dépassent le domaine socio-politique et le monde du travail et se
centrent sur les aspects domestiques et sexuels : "Manu, le dïner,
tu te le fais toi-même" ; "Nous sommes femmes, femmes nous serons,
nous ne resterons pas dans la cuisine " ; "Nous sommes mauvaises,
nous pouvons être pires" ... Surgissent des concessions comme le
droit à l'avortement et la défense contre les agressions sexuelles,
les collectifs de lesbiennes et de femmes progressistes ...
Mais, où est le progrès ? Le chemin de la protestation et de la
revanche est-il le bon ? La femme parviendra t-elle à se sentir
pleinement satisfaite par cette voie, sûre de son rôle dans le
monde, sûre d'elle-même ? Où sont les valeurs intellectuelles,
morales et spirituelles qui devraient être l'argument premier dans
la bataille ? Recherche t-on seulement l'égalité dans la médiocrité
ou serait-il préférable que chacun, homme et femme, développe les
meilleures aptitudes ? En tous cas, l'égalité vraie et ultime est un
fait de nature car elle se manifeste dans l'esprit qui n'est ni
homme ni femme, mais ni plus ni moins que l'essence de l'être
humain.
Au regard de ce que nous venons de parcourir de l'expérience
historique, la femme a perdu ses racines, ses fondements. Elle s'est
vu déposséder de sa fonction humaine et divine, et elle réclame
aujourd'hui, à tristes cris, des aumônes qui l'enfoncent encore plus
dans sa misère.
Il manque Dieu, il manque la mystique, les rituels et les
cérémonies; il manque des autels et des prêtresses ; il manque de
véritables écoles de culture ; il manque l'Amour et il y a trop de
sexe. Il manque des femmes accomplies, il y a trop de femelles
déconcertées. C'est pourquoi, la revendication que nous proposons
est autre : ce n'est pas un acte de protestation, c'est un geste
d'évolution, un regard sage vers le passé et une action fervente
vers l'avenir, une découverte et un réveil de la magie endormie qui
autrefois a fait et fera de nouveau des femmes de véritables mères,
donneuses de vie sur le plan physique, moral, intellectuel et
spirituel.
L'heure du métaphysique a sonné ; ne laissons pas passer le moment
d'ouvrir de nouvelles portes au destin de la femme, c'est-à-dire, en
conséquence, au destin de l'Humanité.
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