Nouvelle Acropole Canada  

   TORONTO   OTTAWA   OUTAOUAIS  MONTRÉAL

 Contact    Recherche    Carte du site

    English  
 
  Centre Montréal >   Philosophie
 

 

 

Les quatre éléments

           dans le cosmos et dans l'homme

par Delia Steinberg Guzman

 

Selon une définition de Platon, les éléments sont les choses qui composent et décomposent les corps complexes ; autrement dit les éléments seraient des substances simples, primordiales, qui constitueraient - selon les anciennes traditions de toutes les civilisations ésotériques - aussi bien le cosmos que l'homme lui-même.

Cette définition sommaire des éléments une fois donnée, nous voulons expliquer pourquoi l'on parle de quatre éléments. Ce nombre, de même que le sept, revêt une grande importance dans tous les enseignements qui ont tenté d'expliquer le monde et les êtres vivants. Quatre n'est pas un nombre choisi au hasard ; le nombre quatre est étroitement lié au cosmos.

Traditionnellement, dans différentes langues et à travers des expressions diverses, on a toujours admis quatre éléments fondamentaux constitutifs de l'univers, du macrocosme et (de l'homme par conséquent) du microcosme.

Ces quatre éléments sont le Feu, l'Air, l'Eau et la Terre. Bien que ces dénominations nous soient très familières et bien connues, ces éléments ne se réfèrent pas exactement à ce que nous appelons feu, air, eau et terre, bien qu'ils les englobent aussi.

Bien souvent, le mot cosmos nous fait penser à quelque chose d'immense, à un infini difficile à calculer et à comprendre ; au point que, comme cela nous échappe, nous préférons ne pas y penser et que toutes les explications qu'on nous donne nous paraissent fantastiques, illogiques et semblent être plus un produit de l'imagination qu'autre chose. Voilà précisément le secret du cosmos : pour les anciens, il n'est que la troisième étape d'un processus complexe qu'ils avaient coutume de symboliser par un triangle. Le premier aspect de ce processus est le chaos ; non le chaos en tant que désordre, mais en tant qu'infini, en tant que tout ce qui est en puissance de se manifester un jour. A ce chaos infini succède l'intelligence ; cette seconde étape est la somme de canevas, de configurations, d'idées qui permettent d'agencer le chaos premier, de l'organiser, de le schématiser. Enfin, on trouve la troisième étape du processus : le cosmos, né, conçu à partir de ces deux premiers éléments ; avec le chaos qui est tout l'infini, avec le theos qui lui a donné forme et l'a mis en ordre.

Ce cosmos commence à se développer, à se matérialiser (pour employer des mots que les enseignements anciens utilisent pour traiter ces sujets) ; c'est-à-dire qu'il se concrétise peu à peu, à travers sept étapes, processus ou éléments.

De ces éléments, quatre nous sont connus, un à peine et les deux autres sont un mystère pour nous, ce qui nous oblige à ne parler que de ceux que nous connaissons. L'élément inférieur, le plus matériel et le plus concret est l'élément Terre ; la subtilité augmentant, celui qui suivra est l'élément Eau ; un peu plus subtil, l'Air et, encore plus subtil, le Feu ; enfin, il y aurait un cinquième élément auquel on a donné le nom d'Ether, dont les caractéristiques sont encore indéfinissables.

La Terre est liée à la matière concrète, à ce qui s'exprime en dimensions, à ce que l'on peut peser, mesurer, déplacer. Cette terre est justement le concret, ce qui pèse, non seulement dans le cosmos, en prenant forme de planète, d'étoiles, mais ce qui pèse aussi en nous, en prenant forme de corps.

L'Eau, symboliquement, est la vie qui parcourt la matière ; c'est l'énergie qui baigne la matière ; c'est cette force qui fait que la matière peut entrer en action et qu'elle n'est pas seulement matière inerte ; c'est ce qui nous permet de marcher, de parler, qui fait que nous avons une température, que nous pouvons nous dire vivants et que sont vivantes toutes les choses qui bougent dans le cosmos, en respectant des lois inexorables et mathématiquement parfaites. L'Eau est donc vitalité ; l'Eau est le "sang" de la terre, le plus vital, le plus fort.

L'Air est la psyché ; c'est l'ensemble des émotions et des sentiments ; c'est ce qui nous porte vers les choses, pour ou contre elles ; ce qui nous meut dans le plan des sentiments. L'Air est l'expression de ce qui se ressent, le monde de l'émotion.

Le Feu est le monde de la pensée, de l'idée, de la gestation dans un plan si abstrait qu'il ne peut être compris que par une autre entité aussi abstraite que l'est le mental en nous, comme l'est le Feu dans le cosmos.

Nous disons des éléments cosmiques et nous parlons d'éléments humains : ce qui, dans le cosmos, se traduit en substances primaires, en éléments, va se concrétiser de façon inconcevable pour nous, jusqu'à aboutir à cette matière que nous connaissons et à l'homme en tant que Feu, Air, Eau et Terre ; le Feu en tant qu'esprit (mental), l'Air en tant que sentiment, l'Eau en tant que vitalité et la Terre en tant que corps.

C'est ainsi que le macrocosme marque le microcosme qu'est l'homme et lui donne exactement la même consistance, la même configuration et les mêmes caractéristiques que les siennes en petit ; qu'il permet que l'homme puisse être relié au cosmos, qu'il puisse essayer d'accéder à ses mystères et plus encore, qu'il soit attiré par ces mystères : parce que dans la nature de l'homme se trouve la nature du cosmos, parce que ce qui est corps pour l'homme est corps pour l'univers, ce qui est vitalité pour l'homme l'est aussi pour le cosmos, ce qui est son sentiment l'est en grand pour le cosmos et ce qui est mental est Feu pour tous les univers que nous pressentons aujourd'hui et que nous prétendons découvrir.

Il y a toujours eu quelque chose de plus profond, quelque chose au-delà, non seulement en ce qui concerne les éléments tels que la nature nous les offre, mais encore quant au propre mystère de l'homme qui contient en lui les quatre éléments et encore en rapport avec des mystères beaucoup plus anciens, qui viennent de beaucoup plus loin. Mystères qui rapportent que, de même qu'aujourd'hui nous sommes présents en tant qu'hommes, nous sommes passés un jour par le stade du minéral, tout comme si nous n'étions alors qu'élément Terre ; nous sommes passés un jour, durant des cycles et des cycles d'évolution, par des stades végétaux comme si nous étions élément Eau ; nous sommes passés un jour par des stades d'évolution animale en rapport avec l'élément Air ; et nous sommes arrivés, enfin, maintenant, au stade d'évolution humaine, en référence à l'élément Feu qui indique l'apparition du mental, l'apparition de la pensée.

Ainsi donc, quand les anciens parlent des dieux des éléments, quand ils adorent le Feu, l'Air, l'Eau, la Terre, ils n'adorent pas seulement cette représentation physique que nous avons sur la terre, mais ce qu'ils devinent être au-delà ; ils pressentent l'essence cachée derrière la présence des éléments.

Pour l'Antiquité, il a toujours été indiscutable que les planètes, les étoiles, n'étaient pas des entités mortes ou tournant au hasard dans l'espace, mais bien des corps vivants sujets à des lois et à une évolution, des corps renfermant des esprits tout comme l'homme, du fait de cette relation continue entre le macrocosme et le microcosme.

De là vient qu'on insistait sur la compréhension par l'homme de sa propre entité spirituelle pour pouvoir ensuite reconnaître les autres entités spirituelles qui animent la nature. C'est pourquoi on parlait de dieux des éléments et, bien plus encore, on reconnaissait que ces quatre éléments principaux se subdivisaient encore un grand nombre de fois : sept fois sept pour chacun d'entre eux. Apparaissent ainsi une infinité de sous-éléments, régis par ce que les anciens ont appelé "élémentaux", mot que bien souvent nous ne comprenons pas, mais qui signifie seulement les entités qui régissent les petits éléments, les sous-éléments, les divisions des éléments. Quand nous parlons du feu, de l'eau, de l'air et de la terre que nous connaissons dans la vie de tous les jours, nous ne faisons que parler des subdivisions de l'élément Terre.

Le Feu est l'élément qui a suscité les symboles les plus éminents de toutes les religions, non seulement au niveau des divinités ou des entités qui représentent le Feu, mais encore au niveau de la construction de temples.

Par exemple, les pyramides : toutes les constructions qui revêtent la configuration type d'un carré situé sur la terre, de triangles qui s'élèvent comme des flammes et qui se réunissent en un point final sont des temples dédiés au Feu. Le mot "pyramide" que nous utilisons renferme dans sa racine pir, la notion de Feu. C'est le temple élevé vers ce qui, parce que situé dans la partie la plus haute, contient cependant tout le reste, et à quoi on a toujours donné - symboliquement parlant - plus d'importance qu'à tout le reste.

Il est à remarquer combien, dans toutes les civilisations, les dieux qui se réfèrent au Feu ont assumé une importance vitale. De plus, il faut comprendre qu'il ne s'agit pas seulement d'un feu physique.

Les alchimistes parlent des quatre éléments en relation : le Feu avec l'Or, l'Air avec l'Argent, l'Eau avec le Mercure et la Terre avec le Plomb. Éminemment intéressante également, l'union de ces quatre éléments cosmiques avec quatre éléments ou quatre qualités psychologiques contenues dans l'être humain : le Feu en rapport avec le fait de Savoir, l'Air avec le fait d'Oser, l'Eau avec le fait de Vouloir et la Terre avec le fait de Se Taire. Voyons brièvement ce que veulent dire les alchimistes.

Si le Feu est mental, possibilité de penser, de travailler sur les idées, d'appréhender, le Feu suppose indubitablement la Sagesse. Ainsi le Feu est Savoir et le Savoir est l'apogée de l'homme.

L'Air est égal à Oser. C'est cette capacité de courage avec laquelle nous devons aider la connaissance ; c'est plus qu'une force, c'est un élan, une foi. Oser, précisément, c'est ne pas connaître la peur, c'est se lancer parce qu'on doit arriver à la Sagesse.

L'Eau est Vouloir ; autrement dit, pour pouvoir être courageux et sage, on doit tout d'abord le vouloir réellement. Ce n'est pas aussi simple qu'il peut sembler : nous avons l'habitude de dire, "je veux aller en vacances", "je veux voir un film", vouloir est devenu un mot de peu de contenu, par conséquent il reflète peu de volonté de réalisation. Mais ce Vouloir est beaucoup plus profond, il vient de la racine intime de l'homme. Ce Vouloir est dirigé vers les destinées ultimes de l'homme.

L'élément Terre équivaut à Se Taire. Le premier pas du chemin est le silence. Toutes les civilisations anciennes attirent notre attention sur le fait que les grandes connaissances étaient "renfermées" dans le cadre de l'ensemble de l'ésotérisme. Pourquoi ésotérique ? Pourquoi enfermé ? Pourquoi gardé ? Parce que, si on ne se tait pas, il est très difficile de vouloir ; sans silence, il est très difficile d'oser, il est très difficile de savoir.

Ceux qui ont été de profonds connaisseurs de l'âme humaine - Pythagore par exemple - faisaient observer à leurs disciples cinq années de silence : c'est ce qu'on appelle "le stade acousmatique" de l'école pythagoricienne. Ce silence était-il une torture ? Non, ce silence était l'élément indispensable pour que le disciple apprenne quelque chose de fondamental : écouter ; pas seulement écouter au dehors mais s'écouter soi-même, être calme, apaiser le tourbillon intérieur qui demande toujours plus sans même très bien savoir ce qu'il veut.

Aujourd'hui, quand nous tentons d'apprendre quelque chose, la critique vient en premier, ensuite la connaissance ; d'abord "pourquoi" et "comment vont-ils me démontrer ça", "comment il est celui-là et l'autre, là, comment il est". Il y a tant de verbiage intérieur qu'il est presque impossible de parvenir à rien de concret. C'est pourquoi toutes les écoles anciennes connaissaient le merveilleux secret du silence, à apprendre d'abord et ensuite tout le reste.

Ce silence est celui dont étaient entourés tous les enseignements profonds, non pour les cacher, mais simplement pour les garder et les protéger de ceux qui, ne les comprenant pas et ne sachant pas les appliquer, en faisaient un usage mauvais et pernicieux.

Beaucoup veulent et nous voulons aussi - pourquoi pas ? - travailler sur ces enseignements, sans être bien prémunis contre les risques. Le danger n'est pas notre curiosité ; le danger est que ces choses étant soumises à des lois ou processus naturels, si nous les ignorons, nous commettons de graves erreurs et nous faisons grand tort à nous-mêmes et aux autres. C'est pourquoi le silence n'a été qu'une méthode de sauvegarde, de protection ; pas par méchanceté, du fait, au contraire, d'une immense compassion.

Voilà pourquoi l'ésotérisme, voilà pourquoi l'on garde les connaissances enfermées ; de là vient que bien souvent, comme cela nous arrive aujourd'hui même, nous remarquons que les mots, les expressions permettant de se référer à ces sujets que nous ne sommes pas habitués à traiter sont peu nombreux, sujets qui, n'étant pas maniés quotidiennement, semblent nous échapper des mains.

Mais les anciens, habiles ésotéristes, nous ont laissé une clé, une façon d'ouvrir la porte fermée, de pénétrer dans le silence : les symboles. Ces symboles constituent un langage universel auquel tous les hommes ont accès, quelle que soit la langue qu'ils parlent.

Quand nous voulons protéger ou entourer quelque chose, nos symboles d'expression sont très petits, ils sont simples, nous les comprenons. Mais la nature renferme aussi de grands symboles ; les connaissances sont normalement enfermées derrière de grands symboles. Les quatre éléments gardent de grandes clés d'interprétation qui peuvent s'appliquer au cosmos comme à l'homme, au grand comme au petit.

Notre mission est de déchiffrer les symboles, d'apprendre ce langage de merveilles qui nous permettrait à tous de nous comprendre à nouveau dans une seule langue, de nous sentir frères dans une même tradition, dans une unique connaissance. De nous reconnaître la même racine, la même origine, le même destin, le même chemin pour satisfaire à ce destin. De là surgirait probablement ce sentiment de fraternité qui nous fait si souvent défaut.

Ce n'est pas le propos de Nouvelle Acropole, ni le mien, d'illustrer dans leur totalité les sujets que nous exposons ici ; ils méritent plus de profondeur et plus de temps. Ce que je propose est la découverte du symbole et son maniement. Le message dont j'aimerais qu'il reste pour nous tous, c'est la possibilité de revenir à ces éléments authentiques, valables, profonds ; qui nous appartiennent parce qu'ils viennent du fin fond de l'histoire, afin que, de la même façon, tous réunis, nous puissions nous élancer vers le but, vers le fondement, vers ce que nous appelons l'avenir, vers l'AVENIR DE L'HISTOIRE.

Novembre 1996 - Traduit de l'espagnol par Nicole LETELLIER.

 

Autres articles:

Gaia, Terre vivante

Les Esprits de la Nature

Renouer avec la Terre

Optimisme et philosophie

L'angoisse des jeunes

Le labyrinthe

De ce monde et d'autres mondes

Revendication métaphysique de la femme

Idéalisme et philosophie

 

 

 

 

Webmestres de Nouvelle Acropole  - Mis à jour: 2009-02-14   © Copyright 2004-2009 OINACAN